Le Droit à la Ville : Une expérimentation urbaine par le bas

J’avais depuis quelques temps mis de coté l’idée lefebvrienne du Droit à la Ville1. Bien que cet ouvrage soit l’un des écrits qui m’aient donné envie de poursuivre une thèse sur le terrain de l’urbain, sa dimension macrosociale qui me semblait être la lecture dominante qu’en faisaient les chercheurs en sciences sociales, notamment dans la géographie radicale anglophone, avait fini par m’éloigner de ce concept. Je n’arrivais pas (et n’arrive toujours pas) à me saisir d’une conception du droit à la ville entendue comme étape d’un mouvement révolutionnaire global dont l’objectif commun serait « d’acquérir un contrôle plus grand sur l’utilisation des surplus »2, comme je pouvais alors le lire sous la plume de David Harvey. Même si l’analyse des processus d’urbanisation développée par la géographie marxiste en général et chez David Harvey en particulier m’intéressait beaucoup, et avait participé à remettre Lefebvre au gout du jour, je ne voyais pas comment m’approprier une telle vision du changement. Comment lui donner sens sur mes terrains et dans ma vie quotidienne ?

Ces types de directives révolutionnaires globalisantes, qui s’inscrivent dans une histoire et des pratiques qui ne sont pas les miennes, finissent très vite par me déposséder de tout pouvoir d’agir sur les situations. Je ne conçois pas que la transformation sociale, et la fabrication d’alternatives urbaines passent par là, ou du moins, je suis persuadé qu’elles ne passent pas d’abord par ici. J’ai donc rapidement abandonné la notion de « droit à la ville ». C’est l’actualité de cette expression3 qui me pousse finalement à m’en ressaisir. Ma démarche n’est pas de venir surfer sur un slogan à la mode mais de ne pas fermer les yeux ou de ne pas « snober » un concept au moment même ou celui-ci quitte son carcan universitaire pour être détourné et réapproprié par d’autres groupes : habitants, militants, travailleurs sociaux, politiques locales, artistes… Plus qu’un concept le droit à la ville devient un terrain ou s’expérimentent des pratiques, des stratégies, des discours, des espaces… Revendiquée à de multiples endroits et époques, « de la faculté de Nanterre dans les années 60, aux favelas de Rio, en passant par les groupes autogérés allemands ou encore l’ONU Habitat»4, la multiplicité des usages et des interprétations du droit à la ville est donc aujourd’hui un aspect constitutif de cette notion. Le point commun qui se dégage globalement de ces différentes expériences est de revendiquer le fait que la ville ne peut pas être considérée comme un simple espace de gestion des populations, un instrument de dominations aux mains d’une minorité, un moyen pour les investisseurs urbains d’engranger d’énormes profits. Depuis la parution du livre d’Henri Lefebvre, le droit à la ville s’est donc manifesté de façon très explicite, il est même devenu un slogan pour des collectifs en lutte, mais, comment cette notion peut-elle être travaillée par des groupes, dans des lieux ou à travers des pratiques qui ne s’en revendiquent pas directement ? Comment le droit à la Ville peut être pensé avec ou à partir de tous ces espaces de lutte qui ne se « disent » pas, de toutes ces pratiques instituantes qui façonnent de manière informelle notre quotidien ? Comment les notions d’appropriation, d’usage, d’œuvre, de possible, centrales dans l’ouvrage d’Henri Lefebvre sont-elles réengagées sur ces terrains, très souvent ignorés par les sciences sociales, méprisés par les militants de gauche, écrasés par les politiques locales ? Et si les réponses à nos questions de ville en commun, de justice spatiale, de droit à la ville se situaient justement là, dans ces espaces qui ne sont a priori pas politisés, auprès de ces gens qui ne semblent visiblement pas engagés, à travers ces pratiques qui paraissent à première vue sans importance ? Qu’est ce que l’on découvrirait si on s’intéressait aux chaises que certains habitants disposent dans la rue, plus ou moins durablement, ouvrant ainsi des espaces de rencontres extérieures, aux terrains de foot et pied d’immeubles des quartiers populaires, aux espaces urbains oubliés où la nature se déploie et s’exprime sans qu’aucun paysagiste de la municipalité ne soient impliqué, à ces micros terrains vagues, ces espaces vaguement définis, à tous les détournements quotidiens que l’on fait des parcs, des rues, des trottoirs, des bordures, des bancs…? C’est ici, sur ces terrains-là que se réengage pour moi la lecture du Droit à la Ville de Lefebvre. Elle se rejoue avec d’autant plus de conviction que cette pensée de la ville et du quotidien qui s’éprouverait à partir de ces expériences microsociales et résiduelles, est précisément ce que je retrouve et ce qui m’attire chez Henri Lefebvre.

L’enjeu qui sera défendu ici est donc double : d’une part visibiliser une certaine lecture et conception du Droit à la Ville avec et au-delà du manifeste de Lefebvre, d’autre part défendre la multiplicité du droit à la ville et le droit à la ville comme multiplicité de pratiques, d’analyses, de perspectives, de niveaux… Une des questions qui me préoccupe, et que l’on retrouve dans l’ouvrage de Lefebvre, est de penser, comprendre ou imaginer la place des sciences sociales, ou plutôt de la science sociale que l’on souhaiterait défendre, à partir de notre conception du droit à la ville.

Critique de la vie quotidienne

Je veux commencer cette exploration en soulignant le fait que le Droit à la Ville a été écrit la même année que La vie quotidienne dans le monde moderne, tout deux édités quelques mois avant les événements de Mai 68. De par leur proximité, voir leur imbrication temporelle, ces deux ouvrages sont très largement complémentaires et placent la critique lefebvrienne de la vie quotidienne sur le même plan que ses analyses de la ville et de l’urbain. Il vient réaffirmer l’idée essentielle que la transformation de la ville nécessite, ou passera par une transformation de la vie quotidienne. Les expériences et expérimentations qui seront ici brièvement évoquées auront en commun d’opérer une rupture, un bouleversement, une faille sur ces deux plans. Mettre ces deux œuvres en parallèle me parait donc être un bon point de départ pour la suite de mon propos.

Dans La vie quotidienne dans le monde moderne Lefebvre fait une analyse de ce qu’il nomme la « société bureaucratique de consommation dirigée » et montre comment celle-ci agit d’une part sur la programmation de la quotidienneté, d’autre part sur la production d’un espace, d’un « cadre urbain adapté à cette fin »5. Que cette société tente de produire un homme unidimensionnel, comme le montrait Marcuse à la même époque6, et une ville nouvelle adaptée à cette tendance, c’est un des points de départ de la pensée de Lefebvre mais cela ne constitue pas du tout, pour moi, un point d’arrivée. Au contraire il me semble que tout l’intérêt de son analyse et toute la fécondité de sa pensée est de montrer à partir de cette mise en concept de la « société bureaucratique de consommation dirigée » ce qui résiste, « les irréductibles : conflits, contestations, qui empêchent le bouclage et fissurent les murailles »7.

Ce que je comprends à la suite de Lefebvre, et qui me semble très actuel, c’est qu’il y a dans cette société une lutte constante entre l’homogène et le différent, entre la planification et la spontanéité, entre la valeur d’usage et la valeur d’échange, entre l’isotopie et l’hétérotopie, entre le produit et l’œuvre, entre la discipline de l’espace et l’espace indiscipliné8… J’ai le sentiment que le Droit à la Ville a été pensé et écrit à partir de ces tensions. Plus encore il me semble que ce manifeste a été composé en vivant et en éprouvant ces tensions (de Paris à Nanterre en passant par Lacq-Mourenx), que c’est précisément cette méthode basée sur le vécu que nous propose Lefebvre pour aborder le quotidien : 

« Pour concevoir le quotidien, pour prendre en considération la théorie de la quotidienneté, il y quelques conditions préalables : y séjourner ou y avoir vécu, d’abord – ensuite ne pas l’accepter et prendre distance critique. »9

Se dessine donc une recherche en trois temps, trois moments : d’abord vivre et éprouver, puis prendre une distance critique, être en mesure de comprendre les enjeux qui sous-tendent l’espace et le quotidien, enfin repérer et investir les résidus : les irréductibles, les failles, les brèches, les sites de problématisation à partir desquels nous souhaitons réinventer, expérimenter, imaginer, fabriquer du possible. Je ne perçois pas de rupture entre ces moments, pas de démarcation précise mais plutôt des allers-retours constants, des modes d’imbrication qui laissent plus ou moins d’espace à l’un de ces temps durant nos parcours de recherche.

La méthode des brèches

L’attention que Lefebvre porte aux résidus est présente depuis le premier volume de la Critique de la Vie quotidienne. C’est pour moi l’une des grandes forces de sa pensée, une invitation à porter de l’intérêt à tout ce qui résiste, d’abord et surtout quand ces expériences agissent sur un plan moléculaire. À la lecture du livre de John Holloway, Crack Capitalism, 33 thèses contre le capital, je perçois un prolongement des thèses de Lefebvre à travers ce que l’auteur appelle « la méthode des brèches ». Sociologue et philosophe marxiste, John Holoway, qui enseigne à l’Université autonome de Puebla au Mexique, a développé, en proximité avec l’expérience du mouvement Zapatiste, une théorie politique qui porte son attention sur toutes les expériences de rupture avec le capitalisme. Comprendre le système capitaliste non pas à partir de ce qui le constitue mais de ce qui le déborde : « Nous pensons le monde, tout simplement, à partir de notre inadaptation à celui-ci »10. Ainsi, les thèses qu’il développe dans son ouvrage me semblent tout à fait transposables à la relecture que nous engageons du Droit à la Ville, et aux espaces à partir desquels nous le faisons. L’auteur part d’un constat simple et que beaucoup d’entre nous partageons : « Rompre. Nous voulons rompre. Nous voulons briser le monde tel qu’il est »11

Parler de droit à la ville c’est, me semble-t-il, en parler avec la volonté de rompre avec la ville et l’espace, tel qu’il est aujourd’hui pensé, géré et produit. Cela se traduit au quotidien par nos recherches d’alternatives, par nos manières de « vivre » la ville différemment, par nos multiples refus des grandes transformations urbaines et autres projets inutiles qui nous sont imposés12. Nous avons tout de suite des exemples de résistances bien connus qui nous viennent à l’esprit : l’expérience des squats, des centres sociaux autogérés, des jardins partagés en lutte contre leur municipalité, des ZAD, de l’occupation des places, des grèves des loyers, des blocages contre les expulsions. Certains penseront même à des moments révolutionnaires comme la Commune de Paris ou les événements de Mai 68 dans lesquels la réappropriation de la ville a jouée un rôle important… Mais, notre inadaptation au système urbain actuel se traduit de bien d’autres façons : c’est l’expérience de ce salarié qui, un matin, refuse de prendre son métro bondé et part marcher dans les rues de sa ville, ce sont ces jeunes qui ont coupé un bout du grillage qui entoure leur stade pour pouvoir continuer à jouer après les heures d’ouverture, c’est l’histoire de ces retraités qui ont enchainé des chaises aux lampadaires près du terrain de boules, au pied de leur tour HLM, ce sont ces personnes qui découvrent des petits bouts d’espace vide, des morceaux de nature oubliés, des coins de ville qui sont sortis de la carte, ces endroits que l’on conserve secrètement, ceux qui nous permettent de nous retrouver, de nous évader, de vivre nos villes différemment. Ce sont toutes ces expériences que John Holloway identifie comme des brèches, des moments et des lieux où l’on désobéit, où l’on refuse de servir, de soutenir le système tel qu’il nous est imposé, des brèches qui nous permettent d’expérimenter d’autres façons de faire. Ainsi, pour l’auteur, « la révolution ne consiste pas à détruire le capitalisme mais à refuser de le fabriquer». C’est à partir de cette vision de la transformation que la méthode des brèches prend tout son sens.

« L’ouverture de brèches est l’ouverture d’un monde qui se présente lui-même comme clos. C’est l’ouverture de catégories qui en surface nient le pouvoir de l’action humaine, et, cela, afin de découvrir au cœur de ces catégories le faire qu’elles nient et emprisonnent »13

Lorsque je parle d’expérimentation urbaine par le bas, c’est bien cet autre faire, ces autres manières de fabriquer la ville que j’évoque, ces millions d’expériences qui constituent la possibilité d’une transformation radicale de nos espaces de vie. Pour l’auteur, « la seule manière de concevoir la révolution est de la concevoir comme un processus interstitiel (…) C’est dans les interstices que les « gens ordinaires », qui sont les héros de ce livre, se trouvent »14

Ces interstices, ces brèches urbaines, existent sous des formes multiples. Elles sont, comme nous venons de le voir, éprouvées sur des terrains très différents : du groupe d’activistes qui récupèrent un espace ou un quartier pour expérimenter l’autogestion dans la ville jusqu’au salarié qui part dériver dans les rues, excédé par sa boucle quotidienne « Metro-Boulot-Dodo»15. Nous pouvons nous questionner sur les liens qui existent entre ces expériences. Beaucoup verront d’un coté des militants anticapitalistes radicaux, de l’autre une personne qui, saturé par son quotidien, s’adonne à un plaisir personnel. Pourtant, tout l’enjeu pour nous, dans la perspective d’un droit à la ville qui prendrait en compte la multiplicité des expériences de rupture avec le cadre urbain dominant, est de percevoir, voir même d’imaginer, des lignes de continuité entre ces brèches. Toutes ces expériences portent en elles l’idée essentielle que la ville, le quotidien urbain, peut se vivre différemment, que non seulement il le peut mais qu’il le doit, que nous n’acceptons plus de vivre dans ces espaces ultra planifiés, codifiés, fléchés, déterminés…

C’est donc à partir de toutes ces expérimentations, petites ou grandes, courtes ou longues, ces ruptures plus ou moins radicales, que nous devons repenser le droit à la ville. A partir de ces lieux, ces pratiques, ces groupes, ces personnes qui font venir du possible dans des espaces urbains de plus en plus saturés.

La question des possibles : transduction et utopie expérimentale

Dans son ouvrage Lefebvre se pose la question d’une science sociale qui soit en mesure d’étudier la société urbaine encore embryonnaire. Il signale « l’urgence d’une transformation des démarches et des instruments intellectuels»16 et propose deux approches singulières : la transduction et l’utopie expérimentale. Depuis le second volume de la Critique de la Vie Quotidienne, dans lequel l’auteur tente de réfléchir aux fondements d’une sociologie de la quotidienneté, Lefebvre utilise la transduction qu’il perçoit alors comme une démarche intellectuelle qui va du réel au possible. Dans le Droit à la Ville il présente à nouveau cette opération : « La transduction élabore et construit un objet théorique, un objet possible et cela à partir d’informations portant sur la réalité ainsi que d’une problématiques posée par cette réalité. »17 C’est à partir de cette méthode, de cette « réflexion sur l’objet possible »18, que Lefebvre aborde toutes ses recherches sur la société urbaine. Pour l’auteur, ce qui distingue une sociologie de gauche d’une sociologie de droite est précisément la question du possible.

« La critique de droite, personne ne l’ignore, est volontiers passéiste, souvent humaniste. Elle couvre et justifie une idéologie néo-libérale, c’est-à-dire la « libre entreprise », directement ou indirectement. Elle ouvre la voie à toutes les initiatives « privées » des capitalistes et de leurs capitaux.

La critique de gauche, beaucoup de gens l’ignorent encore, n’est pas celle que prononce tel ou tel groupe, club, partie, appareil, idéologue classés « à gauche ». C’est celle qui tente de frayer la voie du possible, d’explorer et de jalonner une contrée qui ne soit pas seulement celle du « réel », de l’accompli, occupé par les forces économiques, sociales et politiques existantes. C’est donc une politique U-topique puisqu’elle prend distance par rapport au « réel », sans pour autant la perdre de vue. »19

Dans un monde qui se présente de plus en plus clos la science sociale telle que nous la pratiquons et la défendons ne peut pas enfermer les possibles dans les frontières d’un réel qui lui est imposé. La question de l’imaginaire et de la fiction est donc plus que jamais une question politique, c’est même un terrain de lutte et Lefebvre semblait l’avoir bien anticipé. Le Droit à la Ville insistait déjà sur cette dimension, et l’auteur, dans les dernières pages de son manifeste, nous interrogeait  sur ce point: « Pourquoi l’imaginaire entraînerait-il seulement hors du réel au lieu de féconder la réalité ? Lorsqu’il y a perte de la pensée dans et par l’imaginaire, c’est que cet imaginaire est manipulé. L’imaginaire est aussi un fait social. »20 Cet imaginaire, cette science-fiction, nous dit Lefebvre, est indissociable de la question des possibles urbains, et donc, d’une réflexion sur le droit à la ville.

Il est très clair pour moi que la notion de possibles traverse toute l’œuvre de Lefebvre depuis le premier volume de la Critique de la Vie quotidienne (1945), jusqu’au dernier volume De l’Etat (1978) en passant par son fameux texte sur le romantisme révolutionnaire écrit en 1957 qui fut à la base de sa rencontre avec les situationnistes et de leurs réflexions communes sur la ville.

« L’homme en proie au possible, telle serait la première définition, la première affirmation de l’attitude romantique révolutionnaire. »21

Nos brèches urbaines permettent à la fois d’éprouver la notion de possible et d’indiquer à nos imaginaires des chemins vers une pensée de la transformation qui s’émancipe des logiques révolutionnaires classiques. Elle ne les renie pas pour autant mais les prend pour ce qu’elles sont : des expérimentations, des moments, des tentatives et non des vérités établies, des voies tracées une fois pour toute. En ce sens j’ai l’impression que ma lecture de Lefebvre me mène précisément à l’opposé de celle qu’en fait David Harvey lorsqu’il dit que « le romantisme révolutionnaire urbain que tant attribuent à Lefebvre et apprécient chez lui se heurte à sa compréhension des réalités capitalistes. Tout moment visionnaire alternatif et spontané est flottant (…) Lefebvre était bien trop conscient de la force et du pouvoir des pratiques dominantes pour ne pas reconnaître que la tache ultime est d’éradiquer ces pratiques par un mouvement révolutionnaire beaucoup plus large. Le système capitaliste entier, et les structures de classe exploitante et de pouvoir d’Etat qui lui sont associées doivent être renversés. »22

Je ne vois pas bien, et je parle ici aussi en tant que militant impliqué dans des mouvements sociaux beaucoup plus larges, en quoi notre conception des possibles, et notre volonté d’observer et d’expérimenter sur un plan microsocial des alternatives urbaines, s’opposerait à une compréhension des réalités capitalistes. C’est précisément à partir de notre connaissance de ce mode de production et de sa capacité à pénétrer notre vie quotidienne que nous formulons et expérimentons une autre hypothèse de la politique et de la révolution : « Là où « faire de la politique » rimait jadis avec critique et « engagement », se font désormais écho des existences prises entièrement dans l’idée de tenir ensemble la lutte et la vie. Comment pourrait-on en effet s’engager – au sens sartrien- dans nos vies ? Si elles portent dans leur formes mêmes le combat, il n’est plus question de sortir militer, mais bien de partir de là où l’on est, de conjointement « vivre et lutter », dans une tension jamais résolue. »23

Si nous pensons qu’il n’y a donc évidemment aucune opposition entre un mouvement social global et des actions de lutte locale (y compris des actions et des pratiques qui, comme nous avons pu le voir, peuvent paraître très anodines) nous disons par contre qu’une action révolutionnaire dont le but serait de s’emparer du pouvoir sur les processus d’urbanisation, de se réapproprier donc la production de l’espace, et qui ne tiendrait pas compte de la multiplicité des expérimentations microsociales en cours, serait condamnée à réinstaurer les mêmes schémas de domination que nous subissons actuellement. L’histoire des utopies urbaines imposées par le haut, en France l’histoire des villes nouvelles, est suffisamment explicite pour comprendre que nous avons aujourd’hui plutôt besoin d’une multiplicité d’expériences portées par des collectifs que d’idéologies de gauche dictées par des architectes, des urbanistes, des géographes ou des sociologues, pour repenser nos villes et les droits fondamentaux qui pourraient leur être associés.

Il est vrai que nous ne savons pas à l’avance où nous mènera l’ouverture de nos brèches urbaines et qu’il est difficile d’évaluer l’impact que ces dernières ont (ou auront) sur les violents processus d’urbanisation qui assurent aujourd’hui la survie du capitalisme. Pour autant, l’expérimentation « par le bas » est la seul manière pour nous de venir éprouver notre rapport critique au monde. Aucune théorie de la « vraie » révolution, même développée par les penseurs de gauche les plus brillants, ne pourra venir remplacer ce rapport vécu à l’opposition.

 « L’engagement critique est fréquemment rabattu sur sa seule portée destituante et ses manifestations de rupture et de refus. Cette proposition politique peut pourtant être parfaitement inversée en considérant que l’effort d’expérimentation, révélateur de notre capacité collective à façonner de nouveaux agencements (des coopérations, des coordinations de lutte ou d’activité, de collégialités et de pensée ou d’action) est le meilleur appui pour développer et renforcer l’expression d’une critique, pour s’opposer et contredire une réalité jugée oppressive ou disqualifiante. »24

C’est bien à partir de cette politique de l’expérimentation que nous engageons aujourd’hui nos recherches sur le terrain de la ville et des transformations urbaines. Le droit à la ville tel que nous l’entendons ici ne pourra donc pas faire l’économie de ce rapport expérientiel à la vie quotidienne. Il ne pourra pas être pensé uniquement à partir de notre savoir et notre connaissance des espaces urbains et des processus d’urbanisation mais devra aussi s’appuyer sur l’expérience de notre ignorance que nous engageons collectivement dans tout processus d’expérimentation. C’est ici que nous pourrions retrouver Lefebvre qui, dans le Droit à la Ville, lie la démarche transductive à l’utopie expérimentale. Pour lui, la « construction d’un objet virtuel [doit être] approché à partir de données expérimentales. »25 L’utopie expérimentale est une notion que Lefebvre développe dans un article écrit en 1961 pour la Revue française de sociologie, qu’il intitule : Utopie expérimentale : Pour un nouvel urbanisme26. Dans ce texte il écrit :

« Nous pourrions aussi nommer ‘utopie expérimentale’ l’exploration du possible humain, avec l’aide de l’image et de l’imaginaire, accompagnée d’une incessante critique et d’une incessante référence à la problématique donnée dans le ‘réel’ »27

La définition que Lefebvre donne de cette notion pourrait, à première vue, tout à fait être transposée à nos démarches de recherche en situation d’expérimentation. Cependant, dans l’article de Lefebvre, l’utopie expérimentale semble très centrée sur les questions d’urbanisme et le contexte des villes nouvelles dans lequel l’auteur est alors plongé. Ce que Lefebvre envisage comme un « nouvel urbanisme » n’est en fait qu’une approche un peu plus transdisciplinaire des projets urbains. Si, au début des années 60, le seul fait de faire appel à la sociologie pouvait venir subvertir l’urbanisme, il est évident qu’une telle proposition est aujourd’hui largement dépassée et obsolète28. Si nous aussi nous sommes attentifs aux réflexions qui portent sur une nouvelle manière de concevoir l’urbanisme, nous pensons avec Marcelo Lopes de Souza que cette perspective de renouvellement doit nous amener à repenser l’aménagement urbain à partir des formes « d’urbanisme par le bas »29 porté par la société civile. À la différence de David Harvey, Marcelo Lopes de Souza pense que les mouvements sociaux ne peuvent plus être dans un simple rapport critique envers l’Etat mais doivent tenter de mettre en œuvre et d’expérimenter des alternatives et ainsi prendre une part « en acte » dans l’aménagement de la ville et dans sa gestion. Il prend comme exemple les mouvements des squatteurs qui, dans de nombreuses métropoles du Brésil et d’Argentine, jouent un rôle important.

« Les chômeurs qui en constituent la base interrompent régulièrement la circulation des voitures et des trains en signe de protestation (piquetes), ils créent des squats et construisent une vie alternative dans les quartiers, notamment en mettant en place des circuits économiques différents (l’appropriation d’usines mal gérées qui ont fait faillite) et en développant des formes culturelles alternatives. »30

Ainsi les activistes urbains ne restent pas dans une simple posture critique vis-à-vis des projets d’urbanisation mais se constituent en « urbanistes du peuple ». De ce fait ils sortent du simple rôle de la « participation », dans laquelle les agents de l’aménagement urbain affiliés à l’appareil d’Etat enferment systématiquement les habitants. Pour autant, l’auteur nous montre que la question de la participation et du rapport aux institutions finit souvent par ressurgir, notamment face à des mouvements sociaux importants31, et que, de ce fait, nous ne pouvons pas balayer cette problématique d’un revers de main en la refusant de façon systématique. Si, dans notre conception d’une fabrication « non-hiérarchique » de la ville, la participation devrait être, comme l’a montré Lefebvre32, un synonyme de l’autogestion, il est clair que lorsqu’elle est laissée aux mains des politiques publiques urbaines, elle se rapproche beaucoup plus de la « consultation ». Quand nous nous intéressons aux rôles des collectifs autonomes dans la fabrication de communs urbains33 et à la nature des relations qu’ils entretiennent avec les institutions ces mêmes types d’enjeux ressurgissent. Nous constatons que l’autonomie ou l’autogestion ne sont jamais établies une fois pour toute mais se constituent comme une posture critique que les collectifs réengagent et rejouent, plus ou moins fortement, tout au long de leurs expérimentations. Il en va de même pour la participation qui est constamment vécue par les groupes d’habitants et activistes urbains dans cette tension « autogestion-consultation », sans que ce rapport ne soit entièrement joué d’avance ni établi une fois pour toute d’un coté comme de l’autre. Ainsi un mouvement urbain radical peut tout à fait être destitué de son pouvoir d’agir en expérimentant la co-construction d’un dispositif public qui se présenterait au départ comme autogestionnaire. À l’opposé un groupe d’habitants (ou de community organising) peut se réapproprier un dispositif public de consultation et le renverser en poussant bien plus loin les lignes dessinées au départ.

Revenons rapidement sur la question de l’utopie expérimentale que propose Lefebvre dans son article de 1961 et qu’il reprend dans le Droit à la Ville. Bien que la lecture que j’ai faite de cette proposition ne m’ait pas convaincu, Claire Révol dans sa thèse34 en propose une interprétation qui me semble plus intéressante que la mienne. Elle montre que ce terme n’est pas seulement forgé à partir du contexte des villes nouvelles et des recherches que l’auteur mène sur Lacq-Mourenx mais émerge aussi de sa rencontre avec Guy Debord et plus largement de sa relation avec les situationnistes. « En effet, c’est à la même époque qu’il rédige l’essai « Vers un nouveau romantisme ? » (1959-1961), dans lequel il définit les activités de l’IS [International Situationniste] comme l’exploration d’une « utopie vécue, à titre expérimental » »35 ici Lefebvre fait évidemment référence aux pratiques que les situationnistes mènent sur le terrain de la ville (on pense principalement à leurs dérives36) et de leur volonté de faire de leur vie quotidienne une œuvre d’art, utopie que Lefebvre défendra tout au long de son œuvre. Il est clair que cette utopie vécue a une place fondamentale dans les écrits d’Henri Lefebvre et dans sa conception de la production de l’espace qu’il considérait, comme le montre David Harvey, « comme un moyen privilégié d’explorer des stratégies alternatives émancipatrices. »37

Sur ce point encore la pensée de David Harvey se sépare de celle d’Henri Lefebvre lorsqu’il lui reproche sa position utopique et sa posture antiautoritaire :

« Pour lui [Henri Lefebvre] la production de l’espace doit rester une possibilité indéfiniment ouverte. La conséquence en est malheureusement que les espaces effectifs de toute alternative restent de manière frustrante, non définis. Henri Lefebvre refusait de donner des recommandations spécifiques (…) Il refusait en fait de se confronter au problème sous-jacent : matérialiser un espace revient bien à poser une clôture, même temporaire, qui est elle-même un acte autoritaire.»38

Pour David Harvey les questions de clôture et d’autorité sont des composantes essentielles à la réalisation concrète d’utopies même si ces dernières viennent, au final, nier la notion même d’utopie ! Si David Harvey pense que les mouvements sociaux et collectifs d’activistes urbains souffrent d’une part d’un manque de hiérarchie et d’autorité pour s’organiser et durer, et d’autre part d’une trop grande ouverture sur la question des possibles pour pouvoir réaliser concrètement des modèles alternatifs, nos analyses et expériences nous conduisent une fois encore à un point de désaccord important. Si nous pensons que la question de l’autorité doit bien être posée c’est plutôt à partir de son caractère informel et invisible, qu’elle épouse très souvent dans nos collectifs. Ainsi poser la question de l’autorité c’est, pour nous, partir du présupposé que les rapports d’autorité et de domination sont déjà présents dans nos collectifs et espaces alternatifs, et qu’à ce titre ils doivent être constamment travaillés, plutôt que d’imaginer que le seul fait de se dire antiautoritaire nous protège de toute dérive autoritaire et abolit magiquement les rapports de domination. Nous disons qu’il est, en ce sens, nécessaire de garder l’horizontalité, le « non-hiérarchique », l’autonomie et l’autogestion, comme perspective et utopie pour lesquelles nous devons lutter dans et hors de nos collectifs. De même la question des possibles est, comme nous avons voulu le montrer, bien plus menacée par la clôture de nos imaginaires que par un excès d’utopisme et d’ouverture. Comme le montre John Holloway : « Nous avons atteint un stade où il est plus facile de penser à la destruction totale de l’humanité que d’imaginer un changement dans l’organisation d’une société manifestement injuste et destructrice. »39 Boaventura De Sousa Santos à lui aussi bien montré que l’une des impasses majeures de la théorie critique occidentale se trouvait aujourd’hui au niveau de son imagination politique40. Ainsi nous souhaitons rester utopiste ou utopien à la manière d’Henri Lefebvre, et, comme ce dernier l’explique dans un bref dialogue, refuser de prendre ce mot pour une insulte :

« -Utopiste !

-En effet je ne prends pas ce mot pour une injure. En effet : puisque je n’entérine pas les contraintes, les normes, les règlements et règles, puisque je mets l’accent sur l’appropriation, puisque je n’accepte pas la « réalité » et que le possible pour moi fait partie du réel, je suis un utopien. Je ne dit pas utopiste, notez-le. Utopien, partisan du possible. Qui ne l’est, sauf vous ? »41

L’art de vivre dans la ville comme œuvre d’art42

Lefebvre, qui écrit le Droit à la Ville pour le centenaire du Capital, pense que la société urbaine ne se réalisera que par la création d’un nouvel humanisme, que seul le prolétariat pourra réaliser par son activité sociale et politique. Contre l’humanisme libéral, l’auteur imagine « l’homme urbain pour qui et par qui la ville et sa propre vie quotidienne dans la ville deviennent œuvre, appropriation, valeur d’usage (et non valeur d’échange)»43. Pour Lefebvre l’idéologie de la consommation doit être remplacée par cette activité créatrice et par cette conception renouvelée de l’œuvre.

« « Que le quotidien devienne œuvre ! Que toute la technique serve cette transformation du quotidien ! » Mentalement, le terme « œuvre » ne désigne plus un objet d’art mais une activité qui se connaît, qui se conçoit, qui re-produit ses propres conditions, qui s’approprie ses conditions et sa nature (corps, désir, temps, espace), qui devient son œuvre. Socialement, ce terme désigne l’activité d’un groupe qui prend en main et en charge son rôle et son destin social, autrement dit une autogestion. »44

Les notions d’œuvre, d’appropriation et de valeur d’usage sont centrales dans le manifeste d’Henri Lefebvre. Pour comprendre leur importance théorique critique et leur portée pratique il faut, me semble-t-il, garder à l’esprit les notions de produit, de propriété privée et de valeur d’échange qui leurs sont opposées. Il est intéressant et stimulant de lire et d’interpréter le Droit à la Ville comme le récit d’une lutte à l’intérieur du mode de production capitaliste ; une lutte pour que l’œuvre ne soit plus un produit soumis aux rapports de consommation, pour que les formes d’appropriation collectives s’émancipent de la propriété privée individuelle, pour que la valeur d’usage ne soit plus subordonnée à la valeur d’échange. Mais cette lutte n’est pas celle d’un grand soir à venir, c’est celle que nous vivons quotidiennement, celle que nous avons commencé à décrire un peu plus haut à travers la méthode des brèches, celle que nous engageons dans nos « expérimentations urbaines par le bas ».

« Cette vie urbaine tente de retourner contre eux-mêmes les messages, les ordonnances, les contraintes venus d’en haut. Elle essaie de s’approprier le temps et l’espace en déjouant la domination, en les détournant de leur but, en rusant. Elle intervient aussi au niveau de la ville et de la façon d’habiter, plus ou moins. L’urbain est ainsi, plus ou moins, l’œuvre des citadins, au lieu de s’imposer à eux comme un système : comme un livre déjà terminé. »45

Cette lutte microsociale et quotidienne, qui s’appuie sur la ruse et le détournement, c’est bien sûr celle à laquelle s’est intéressé Michel De Certeau dans ses recherches sur L’inventons du quotidien. Partant des analyses développées par Foucault dans Surveiller et punir, il nous montre comment les gens ordinaires déjouent quotidiennement les dispositifs disciplinaires :

« S’il est vrai que partout s’étend et se précise le quadrillage de la « surveillance » il est d’autant plus urgent de déceler comment une société entière ne s’y réduit pas ; quelles procédures populaires (elles aussi « minuscules » et quotidiennes) jouent avec les mécanismes de la discipline et ne s’y conforment que pour les tourner ; enfin quelles « manières de faire » forment la contre partie, du coté des consommateurs (ou « dominés » ?) des procédés muets qui organisent la mise en ordre sociopolitique.»46

Faire entrer De Certeau dans notre relecture du Droit à la Ville, le faire intervenir précisément à cet endroit me semble particulièrement intéressant. Relire cette phrase « l’art de vivre dans la ville comme œuvre d’art »47 qui pourrait presque être la définition lefebvrienne du droit à la ville, en la croisant avec les arts de faire de De Certeau et en gardant à l’esprit cet autre faire dont nous parlait Holloway. Ici se dessine pour moi, pour nous, chercheurs, militants, praticiens une vision très stimulante du droit à la ville que je ne chercherai, pour le moment, pas à développer plus. J’aimerais que chacun puisse penser à cette phrase à partir de là où il est, qu’il la pense à partir de ses « arts de faire » quotidiens, à partir de nos arts de faire la ville en commun.

Cinquante ans après la parution du Droit à la Ville

Cela fait cinquante ans aujourd’hui que le petit manifeste de Lefebvre a été écrit. Loin d’être une référence épuisée, j’ai voulu montrer que cet ouvrage restait encore un fantastique terrain de braconnage. Cet article n’est pas une présentation exhaustive du Droit à la Ville, c’est une lecture volontairement parcellaire et indisciplinée qui s’adresse à des « lecteurs-faiseurs de texte »48. Il me semblait important de faire venir nos expérimentations urbaines « par le bas », même les plus informelles, dans les discussions qui se structurent aujourd’hui autours du droit à la ville. L’objectif annoncé au départ était de défendre la multiplicité du droit à la ville et le droit à la ville comme multiplicité, les discussions que nous entamons (ou dans lesquelles nous entrons) restent donc largement ouvertes.

Deux idées importantes que l’on retrouve aussi dans l’ouvrage de Lefebvre ont été mises de coté : la question de la centralité et celle des droits (ou d’un droit) au sens formel du terme. Ces problématiques nous semblent particulièrement importantes et seront abordées dans un prochain texte.

Louis Staritzky Juillet 2017

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1 LEFEBVRE Henri, Le Droit à la Ville (1968), Paris, Anthropos, 2009

2 HARVEY David, Le capitalisme contre le droit à la ville. Néolibéralisme, urbanisation, résistances. Paris, Amsterdam, 2011, p.32

3 Voir par exemple : Charlotte Mathivet, 2016, De quoi le Droit à la ville est-il le nom ? Représentations, usages et instrumentalisation du droit à la ville, Passerelle N°15, Paris, consultable sur : https://www.coredem.info/IMG/pdf/passerelle-droitville-fr-okimpr.pdf ; Pour avoir une certaine « vue » de l’actualité du Droit à la Ville à l’échelle mondiale voir la Plateforme Globale pour le Droit à la Ville : http://www.righttothecityplatform.org.br/?lang=es ; Pour comprendre comment cette notion a pénétré de manière très différente la géographie radicale et les études urbaines voir : Gintrac C. et Giroud M., 2014, Villes contestées : pour une géographie critique de l’urbain, Paris, Les Prairies ordinaires. Un bel exemple de l’actualité et de la multiplicité du droit à la ville pourrait se mesurer à partir du programme des rencontres de Géopolitique critique sur le Droit à la Ville qui s’est tenues à Grenoble du 7 au 11 Mars 2017 entre atelier d’arpentage, apéro-projection, conférence gesticulée, table ronde et promenade sonore.

4 Charlotte Mathivet, 2016, De quoi le Droit à la ville est-il le nom ? Représentations, usages et instrumentalisation du droit à la ville, Passerelle N°15, Paris, p.11, consultable sur : https://www.coredem.info/IMG/pdf/passerelle-droitville-fr-okimpr.pdf ;

5 LEFEBVRE Henri, La vie quotidienne dans le monde moderne, Paris, Idées, 1968, p.126

6MARCUSE Herbert, L’homme unidimensionnel – Etudes sur l’idéologie de la société industrielle, Les éditions de Minuits, 1968

7 LEFEBVRE Henri, La vie quotidienne dans le monde moderne, p.146

8Ou pour reprendre les termes de Michel De Certeau : le « réseau d’une anti-discipline ».

9 Idem, p.142

10 HOLLOWAY John, Crack capitalism, 33 thèses contre le capital, Libertalia, 2016, p.39

11 Idem, p.29

12 Pour une cartographie des grands projets inutiles imposés voir : https://reporterre.net/Grands-projets-inutiles-le-delire-continue-Voici-la-carte-des-resistances

13 HOLLOWAY John, op. cit., p.38

14 Idem, p.42-43

15 John Holloway fait un parallèle similaire avec l’exemple de la jeune femme qui lit dans un parc.

16 LEFEBVRE Henri, Le Droit à la Ville, p.99

17 Idem, p.99-100

18 LEFEBVRE Henri, La révolution urbaine, Paris, Idées, 1970, p.12

19 Idem, p.14

20 LEFEBVRE Henri, Le Droit à la Ville, p.117

21 LEFEBVRE Henri, Vers un romantisme révolutionnaire (1957), Paris, Nouvelles Éditions Lignes, 2011, p.57

22 HARVEY David. Le capitalisme contre le droit à la ville. Néolibéralisme, urbanisation, résistances. Paris, Amsterdam, 2011, p.44

23 MAUVAISE TROUPE, (coll.) Constellations – Trajectoires révolutionnaires du jeune 21e siècle, L’Eclat, 2014, p.12

24 NICOLAS-LE START Pascal, Quand le sociologue entre dans l’action (La recherche en situation d’expérimentation sociale, artistique ou politique), Presses Universitaires de Sainte Gemme, 2014, p.111

25 LEFEBVRE Henri, Le Droit à la Ville, p.115

26 Texte repris in LEFEBVRE, Henri, Du rural à l’urbain, Paris, Anthropos, 1970

27 LEFEBVRE Henri, « Utopie expérimentale : pour un nouvel urbanisme », in Revue française de sociologie, 1961, vol. 2, n°2-3, p. 191-198, p. 192 (reproduit in DRU)

28 Il faut d’ailleurs noter que Lefebvre refermera assez rapidement les discussions ouvertes avec les urbanistes et entrera par la suite dans une vive critique de l’idéologie urbanistique et de la fonction même des urbanistes.

29 LOPES DE SOUZA Lopes, « Ensemble avec l’Etat, malgré l’Etat, contre l’Etat. Les mouvements sociaux, agents d’un urbanisme critique », in GINTRAC Cécile et GIROUD Matthieu, Villes contestées : pour une géographie critique de l’urbain, Paris, Les Prairies ordinaires, 2014

30 Idem, p.353

31 C’est par exemple le cas lors de certaines réformes urbaines ou dans les expériences de budgets participatifs qu’ont connues plusieurs territoires d’Amérique Latine.

32 « Dans la pratique, l’idéologie de la participation permet d’obtenir au moindre prix l’acquiescement des gens intéressés et concernés. Après un simulacre plus moins poussé d’information et d’activité sociale ils rentrent dans leur tranquille passivité, dans leur retraite. N’est-il pas clair que la participation réelle et active porte déjà un nom ? Elle se nomme autogestion. » in LEFEBVRE Henri, Le Droit à la Ville (1968), Paris, Anthropos, 2009, p.94

33 NICOLAS-LE START Pascal, Faire la ville : le rôle des collectifs autonomes dans l’invention d’un nouvel en-commun, disponible sur : http://www.comme-une-ville.net/problematique-de-recherche-faire-la-ville-le-role-des-collectifs-autonomes-dans-linvention-dun-nouvel-en-commun/

34 REVOL Claire, La rythmanalyse chez Henri Lefebvre (1901-1991) : contribution à une poétique urbaine, sous la direction de Jean-Jacques Wunenburger. – Lyon : Université Jean Moulin (Lyon 3), 2015. Disponible sur : www.theses.fr/2015LYO30038

35 Idem, p.326

36 Dans une interview donnée à Kristin Ross, Henri Lefebvre revient sur la notion de dérive : « KR : Pour les situationnistes, l’idée de construire des situations doit avoir un rapport avec l’urbanisme… HL : Oui, ça on était d’accord. Je leur disais : l’amour individuel a créé des situations nouvelles. Mais ça ne s’est pas fait en un jour. Ça a mûri. Alors leur idée, c’est que peut-être, dans la ville, et ça se relie aussi à des expériences de Constant, on pouvait créer des situations nouvelles, par exemple en mettant en rapport des parties, des quartiers de la ville qui étaient séparés dans l’espace. Et c’était ça le premier sens de la « dérive ». » Disponible sur : http://revueperiode.net/sur-les-situationnistes-entretien-inedit-dhenri-lefebvre-avec-kristin-ross/

37 HARVEY David, Géographie et capital – Vers un matérialisme historico-géographique, Syllepse, 2010, p.190

38 Idem

39 HOLLOWAY John, op. cit., p.36

40 DE SOUSA SANTOS Boaventura, Epistémologie du sud – Mouvements citoyens et polémique sur la science, Desclée de Brouwer, 2016, voir notamment dans l’introduction p.27-39

41 LEFEBVRE Henri, La vie quotidienne dans le monde moderne, p.352

42 Expression que Lefebvre emploi à la page 124 du Droit à la Ville, op cit

43 LEFEBVRE Henri, Le Droit à la Ville, p.134

44 LEFEBVRE, Henri, La vie quotidienne dans le monde moderne,p.372-373

45 LEFEBVRE Henri, Le Droit à la Ville, p.64

46 CERTEAU (de) Michel, L’invention du quotidien – 1. Arts de faire, coll. Folio, 1990, p.XXXIX-XL

47 LEFEBVRE Henri, Le Droit à la Ville, p.124

48 NICOLAS-LE START Pascal, Moments de l’expérimentation, Fulenn, 2007, p.129

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